Résidence fiscale et double imposition : le piège des 183 jours

Passer moins de 183 jours dans un pays ne fait pas de vous un non-résident. Chaque État applique son propre critère, et les jours n’en sont souvent qu’une partie. Quand on prépare un départ, on demande combien de jours passer chez soi, et la réponse habituelle, 183, est souvent fausse. Ce chiffre vient d’une clause des conventions sur les missions courtes, alors que la résidence relève du droit de chaque pays, qui peut aussi regarder le logement, la famille et l’emploi. Deux États peuvent vous réclamer la même année, et une convention, s’il en existe une, applique alors un ordre fixe de critères pour en retenir un. Pour un cadre avec une famille et une maison, le point décisif est rarement le nombre de jours : c’est le lieu où votre vie est réellement installée, et la preuve datée de la rupture.

Votre salaire de ce séjour

Imposé chez vous seulement

Les trois conditions de l’article 15(2), remplies ou non pour ce séjour
183 jours au plusRemplie
Employeur étrangerRemplie
Aucun coût localRemplie

Article 15(2) du modèle OCDE. Il suppose une convention entre les deux pays, souvent proche de ce modèle : lisez la vôtre. Cette règle porte sur le salaire d’un séjour, pas sur la résidence fiscale.

Notre méthode

Trois questions différentes

Trois questions différentes : Question, Décidé par, Critère principal
QuestionDécidé parCritère principal
Suis-je résident ici ?Le droit de chaque paysVariable : jours, logement, famille, travail
Deux pays me réclament : lequel l’emporte ?Convention, article 4 du modèle OCDEFoyer, intérêts vitaux, séjour habituel, nationalité
Ma mission courte y est-elle imposée ?Convention, article 15 du modèle OCDE183 jours, employeur étranger, aucun coût local

Chaque pays écrit son propre critère

Il n’existe pas de règle mondiale. Le Royaume-Uni compte les jours, mais aussi le logement, le travail et les attaches : 183 jours dans l’année fiscale rendent résident, et bien moins peuvent suffire avec un logement ou une famille sur place. Moins de 16 jours rendent en général non-résident.

Voilà pourquoi deux pays peuvent vous réclamer la même année, et pourquoi quitter l’un ne vous rend pas pour autant résident de l’autre.

Quand deux pays vous réclament

La plupart des conventions suivent le modèle de l’OCDE, dont l’article 4 fixe un ordre : le foyer d’habitation permanent, puis le centre des intérêts vitaux, puis le séjour habituel, puis la nationalité. À défaut, les deux administrations s’entendent entre elles. Le même modèle supprime la double imposition : selon ses articles 23 A et 23 B, le pays de résidence exonère le revenu que l’autre État peut imposer, ou accorde un crédit de l’impôt payé là-bas.

Une convention ne vaut qu’entre les deux pays signataires : lisez le texte de votre couple de pays. Un pays sans impôt sur le revenu peut en avoir peu, ou d’une portée étroite.

Résident au sens de la convention

Pays A

Le critère de la convention qui désigne le pays de résidence
Critère qui décideCentre des intérêts vitaux

Article 4(2) du modèle OCDE, qui ne joue que si chacun des deux pays vous tient pour résident selon sa propre loi. Le centre des intérêts ne se regarde que si vous avez un foyer dans les deux pays.

Notre méthode

D’où viennent les 183 jours

Le chiffre retenu par tout le monde vient de l’article 15 du même modèle, qui joue un autre rôle. Il vise le salarié envoyé travailler peu de temps dans un autre pays : celui-ci n’impose pas le salaire si le séjour ne dépasse pas 183 jours sur toute période de 12 mois, si l’employeur n’y réside pas et si aucun établissement local n’en supporte la charge. Les trois conditions se cumulent, et aucune ne parle de résidence.

Un cas concret : quitter le Royaume-Uni

Prenons une cadre partie à Singapour pour un contrat à temps plein, qui revient voir sa famille. L’administration britannique prévoit deux sorties automatiques. La première : moins de 16 jours sur place dans l’année fiscale, ou 46 si vous n’étiez pas résident les trois années précédentes. La seconde : un travail à temps plein à l’étranger, 35 heures par semaine en moyenne, avec moins de 91 jours au Royaume-Uni, dont 30 au plus travaillés. Quatre-vingts jours dont 20 travaillés passent donc. Avec 35 jours travaillés, ce critère tombe, et tout dépend alors des autres critères et des attaches.

Les règles britanniques peuvent aussi jouer dans l’autre sens : un logement unique pendant au moins 91 jours d’affilée, occupé au moins 30 jours de l’année fiscale, ou une année entière de travail à temps plein sur place. L’année court du 6 avril au 5 avril : partir en mars laisse donc quelques jours d’une année à traiter. Le régime de l’année scindée peut couper l’année du départ, à d’autres conditions, et il est fermé à qui revient après moins d’une année fiscale complète à l’étranger.

Le même départ, depuis le Canada

Le Canada regarde les attaches plutôt que les jours. Vous devenez en général non-résident à la plus tardive de trois dates : votre départ, celui de votre conjoint et de vos personnes à charge, et le jour où vous devenez résident du nouveau pays. Un parent qui part en janvier pendant que la famille attend la fin de l’année scolaire n’a donc probablement pas quitté le Canada en janvier. Si vos principales attaches y restent, l’administration vous considère en général encore comme résident de fait. Le formulaire NR73 permet de lui demander son avis.

Trois erreurs fréquentes

Se tromper de calendrier : chaque pays a sa propre année fiscale, et le critère de l’article 15 court sur n’importe quelle période de 12 mois, pas sur l’année civile. Croire qu’une nouvelle résidence efface l’ancienne : votre ancien pays n’a aucune raison de s’incliner tant que son propre critère reste rempli ou qu’une convention n’a pas tranché. Enfin, ne prévenir personne : au Royaume-Uni, partir pour de bon, ou travailler à temps plein à l’étranger pendant au moins une année fiscale complète, se signale par le formulaire P85 ou par les pages de résidence de la déclaration.

Avant de partir

Gardez des preuves datées de la rupture : fin de bail, nouveau contrat, inscription scolaire, fermeture des attaches locales. Si votre famille et votre logement principal restent derrière vous, attendez-vous à ce que votre ancien pays continue de vous réclamer, quel que soit votre décompte de jours.

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Questions

Vivre 183 jours à l’étranger met-il fin à ma résidence fiscale ?

Non. Chaque pays applique son propre critère, et le logement, la famille ou le travail peuvent vous garder résident même avec peu de jours sur place. Passer l’essentiel de l’année ailleurs aide, sans régler la question à lui seul. Vérifiez la règle du pays quitté, et gardez des preuves datées du déplacement réel de votre vie.

Peut-on être résident fiscal de deux pays à la fois ?

Oui, car chaque pays applique son droit sans consulter l’autre. Quand une convention existe, ses règles de départage désignent un seul pays de résidence pour le traité, en regardant d’abord le foyer permanent, puis le centre des intérêts vitaux. Sans convention, les deux peuvent vous imposer, et l’allègement dépend du droit de chacun.

Peut-on n’être résident fiscal nulle part ?

Cela arrive sur le papier, surtout pour ceux qui bougent sans cesse, mais la situation reste fragile. Un ancien pays peut encore vous réclamer selon son critère, et les banques comme les employeurs demandent souvent une preuve de résidence. Pour un salarié avec une famille et des biens, ce n’est presque jamais une position stable.

Sources

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