Exit tax : ce que partir peut coûter
Une comparaison de salaires s’arrête à la paie. Si vous détenez des titres ou une société, le départ lui-même peut être imposé, sur des gains non encaissés. Pour un dirigeant détenteur de titres, le coût du départ peut dépasser plusieurs années de l’impôt qu’il espérait économiser. Les exit taxes traitent les titres comme s’ils avaient été vendus le jour du départ : vous pouvez devoir l’impôt sur un gain non encaissé. Les quatre systèmes ci-dessous diffèrent par les personnes visées, le seuil et le report possible. La France regarde la valeur de vos titres, l’Allemagne le pourcentage détenu, le Canada l’essentiel de ce que vous possédez, et les États-Unis seulement l’abandon de la citoyenneté ou d’une résidence longue. Obtenez ce chiffre avant de comparer des pays : il change l’ordre de tout le reste.
Votre situation
Exit tax due au départ
| Seuil de valeur | 800 000 € |
|---|---|
| Résidence requise | 6 ans sur 10 |
| Annulée si conservés | 2 ans |
Article 167 bis du CGI. Le report du paiement dépend de la destination. Ce calcul dit si le texte vous vise, pas combien vous devriez : ce montant dépend de vos gains.
Les quatre systèmes en bref
| Pays | Qui est visé | Sortie |
|---|---|---|
| France | Titres de plus de 800 000 €, ou 50 % des bénéfices d’une société, après 6 ans sur 10 | Annulé si détenus après 2 ans, ou 5 ans au-delà de 2,57 M€ |
| Allemagne | Participations dès 1 %, après 7 ans sur 12 | 7 annuités ; s’éteint en cas de retour sous 7 ans |
| Canada | Certains biens, réputés vendus à leur valeur marchande | Formulaire T1161 au-delà de 25 000 $ de biens |
| États-Unis | Abandon de citoyenneté ou de résidence longue : 2 M$ de patrimoine, critère d’impôt ou défaut de certification | Formulaire 8854 |
France
Après six années de domiciliation sur les dix dernières, l’article 167 bis impose les plus-values latentes sur titres quand ceux-ci dépassent 800 000 € à la date du départ ou représentent au moins 50 % des bénéfices d’une société. Si vous détenez encore les titres deux ans après, l’impôt est annulé. Le délai passe à cinq ans au-delà de 2,57 millions d’euros.
En pratique, le sursis de paiement s’applique par défaut. Une demande avec proposition de garanties, à déposer au moins 90 jours avant le départ, ne concerne plus que les départs vers un État non coopératif ou vers un État hors de l’Union sans accord d’assistance avec la France en matière de fraude et de recouvrement. La page de l’administration ne donne pas la liste des pays : vérifiez votre destination avant de vous engager, car nous n’avons pu confirmer aucune liste sur une page officielle lisible.
Les démarches survivent au départ. Le formulaire 2074-ETD porte sur l’année du transfert et se dépose l’année suivante ; un formulaire de suivi revient ensuite chaque année tant que dure le sursis, et tout nouveau changement de pays se signale sous deux mois au service des non-résidents. Prenons 1,1 million d’euros de titres, huit ans de résidence et un départ pour l’Espagne : si les titres sont toujours détenus deux ans après, l’impôt est dégrevé ; une vente au quatorzième mois le rend exigible.
Allemagne
Le § 6 de la loi sur la fiscalité extérieure vise les personnes assujetties sans limite pendant au moins sept des douze dernières années et détenant des parts au sens du § 17 de la loi sur l’impôt sur le revenu, soit dès 1 %. Sur demande, l’impôt se paie en sept annuités égales, en général contre garantie. Il s’éteint en cas de retour sous sept ans, délai prolongeable de cinq ans au plus.
Le départ n’est pas le seul déclencheur : une donation ou une succession au profit d’une personne non assujettie en Allemagne l’est aussi, comme la perte du droit d’imposer de l’Allemagne sur ces parts. La première annuité tombe dans le mois qui suit l’avis d’imposition, les suivantes le 31 juillet de chaque année, sans intérêts. Pour un impôt de 140 000 €, cela fait sept fois 20 000 €.
Le solde devient exigible par anticipation si une échéance est manquée, si les parts sont vendues ou si les distributions dépassent le quart de leur valeur. Le même plafond d’un quart vaut pour l’extinction en cas de retour. Ces événements se signalent par voie électronique sous un mois, et chaque 31 juillet il faut confirmer son adresse et la détention des parts.
Canada
Au départ, vous êtes réputé avoir vendu certains biens à leur juste valeur marchande, ce qui peut créer un gain en capital sans vente réelle. Si l’ensemble de vos biens valait plus de 25 000 dollars, le formulaire T1161 est obligatoire.
Beaucoup de biens échappent à cette vente fictive : l’immobilier canadien, les biens d’une entreprise exploitée par un établissement au Canada, les pensions, REER, FERR et CELI. Il en va de même des biens que vous aviez déjà en arrivant, si vous avez résidé 60 mois au plus au cours des dix ans précédant le départ. Le gain se déclare sur le formulaire T1243. Le T1161 ne compte ni l’argent liquide, ni les régimes enregistrés, ni les objets personnels de moins de 10 000 dollars, et un retard coûte 25 dollars par jour, de 100 à 2 500 dollars.
Le paiement peut être reporté sans intérêts jusqu’à la vente réelle, par le formulaire T1244 déposé au plus tard le 30 avril de l’année qui suit le départ. Une garantie est exigée quand l’impôt fédéral reporté dépasse 16 500 dollars, ou 13 777,50 dollars pour un ancien résident du Québec : parlez-en à l’administration bien avant cette date.
États-Unis
L’imposition vise l’abandon de la citoyenneté ou de la résidence de longue durée, pas le déménagement. Vous êtes concerné si votre patrimoine net atteint 2 millions de dollars, si votre impôt annuel moyen sur cinq ans dépasse un montant fixé (206 000 dollars pour 2025), ou si vous ne pouvez pas certifier cinq ans de conformité sur le formulaire 8854.
La personne visée est réputée avoir tout vendu à la valeur de marché la veille de l’expatriation. Le gain est ensuite réduit d’un abattement, 890 000 dollars pour 2025, et le paiement de l’impôt peut être reporté sur option. Sur un gain de 1,2 million de dollars, il resterait donc 310 000 dollars imposables à ce barème de 2025. Ne pas déposer le formulaire 8854 quand il est dû peut coûter 10 000 dollars.
La page de l’IRS renvoie à la définition légale du résident de longue durée sans donner le nombre d’années : si vous détenez une carte verte, lisez la section 877(e) du code des impôts ou demandez à un conseil.
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Questions
L’exit tax s’applique-t-elle à mon salaire ?
Non. Ces règles visent les plus-values sur titres et autres actifs, pas la paie. Un salarié qui quitte la France ou l’Allemagne avec une épargne modeste reste en général hors de ces régimes. Vérifiez-les si vous détenez des actions, des options ou une entreprise : l’impôt peut viser une valeur que vous n’avez pas encore encaissée.
Déménager à l’étranger déclenche-t-il l’impôt américain d’expatriation ?
Non. Il s’applique à l’abandon de la citoyenneté ou à la fin d’une résidence de longue durée, et seulement si vous remplissez le critère de patrimoine, celui de l’impôt ou si la certification sur cinq ans fait défaut. Un citoyen qui déménage y échappe, mais continue de déclarer et peut encore devoir l’impôt américain.
L’exit tax française est-elle définitive ?
Pas toujours. Elle est annulée si vous détenez encore les titres deux ans après le départ, ou cinq ans quand leur valeur dépassait 2,57 millions d’euros, ainsi qu’en cas de retour avant ce délai. Vendre pendant cette période rend l’impôt dû. Le paiement est différé de droit vers certaines destinations, ailleurs sur demande avec garanties.
Sources
Chiffres 2026, vérifiés le